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CINEMA : « De la Comédie Française » et « Reedland » sont à l’affiche cette semaine !
Publié le 27 juillet, 2026

«De la Comédie Française»

Voilà un petit film (du moins par sa nature puisqu’il ne dure que 75 minutes et fut d’abord conçu comme un « format court » puis tourné, comme un long, en quelques semaines), délicieux, drôle, énergique, consacré à l’envers du décor de la prestigieuse « Comédie Française ».

Martin Darondeau et Bertrand Usclat se glissent dans les coulisses, avec la bienveillante et joyeuse complicité de quelques-uns de ses valeureux sociétaires.

Qu’y a-t-il derrière le rideau ?  Nina qui, dans quelques heures, présentera sa première mise en scène d’un Macbeth revisité.  Mais à mesure que l’échéance approche, les emmerdes s’accumulent : la comédienne qui doit jouer lady Macbeth est bloquée dans un train à la gare de Brest, les décors et les lumières ne sont pas au point et le régisseur technique rechigne à suivre les consignes de Nina et, pour comble de tout, le père de son bébé lui dépose l’enfant, sans crier gare,  avant de s’envoler pour un concert à Beyrouth …

Nina est sur le point de renoncer et d’annuler la représentation, d’autant plus que Philippe, son acteur principal, le plus chevronné, est victime d’une brutale chute de tension quand il découvre que sa femme, une autre comédienne, le trompe avec un jeune premier …

Mais voici qu’apparaît le fantôme de Molière, au détour d’un couloir, qui lui rappelle son devoir de chef de groupe, en remontant aux sources : « c’est ici ma maison, s’enflamme-t-il, depuis 1680 et pour l’éternité et même mort, je continue à jouer … ». Une scène truculente, la meilleure du film, portée par le remarquable Benjamin Lavernhe …

Mina reprend force et courage, remotivée par la sacro-sainte solidarité de la troupe, la troupe avant tout.

Martin Darondeau et Bertrand Usclat, les réalisateurs, se créditent au générique, par un astucieux clin d’œil « Pas de la Comédie  française », alors que tous les autres en sont expressément mentionnés, et portent ainsi, un regard extérieur, objectif et légitime sur l’institution.  Ils racontent, avec légèreté, humour et respect, ces acteurs, techniciens et autres « artistes » de cette troupe en pleine effervescence.  Les répliques sont vives et emballantes, les situations vaudevillesques, excitantes et efficaces, les moments d’émotion, intimes, justes et sincères. Un film – portrait de la Comédie Française qui constitue une simple et belle déclaration d’amour au théâtre et à ceux qui le font, en l’occurrence ici, dans des rôles « déstarisés » et presque à contre emploi, Guillaume Gallienne, en concierge psychorigide, Danièle Lebrun qui se shoote au cannabis pour conjurer le stress, Christian Hecq, en régisseur dépassé et de mauvaise foi, Marina Hands, une actrice un peu volage, qui trompe son cher mari Laurent Stocker, incontournable Macbeth et bien sûr Pauline Clément (qui cosigne le scénario du film), pensionnaire depuis 2015, qui, en chef de troupe, enthousiaste et passionnée, remonte tous les obstacles.  Un bon plaisir de cinéma qui se nourrit, si joliment, de son terreau de base.

« Reedland »

« Reedland », le 1er long métrage du réalisateur hollandais Sven Bresser, qui était à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2025, relève d’un cinéma naturaliste qui procède de l’observation insistante d’un environnement spécifique et du comportement de ses personnages.

Johan est cultivateur de roseaux quelque part dans la campagne marécageuse du nord des Pays-Bas.  Il mène une vie routinière entre ses champs, la garde de sa petite fille Dana et quelques visites anodines chez l’un ou l’autre voisin.

Un jour, dans l’une de ses parcelles, il découvre le corps d’une jeune fille assassinée.  Il appelle la police.  Un peu plus tard, un jeune homme d’un autre village, sans doute amant de la victime, est arrêté, mais relâché un peu plus tard, faute de preuves.  Johan est intrigué par ce meurtre et commence sa propre petite enquête …

A part cet « événement », il ne se passe pas grand chose dans cette contrée agricole où les gens sont rudes, renfermés sur eux-même.  Johan lui-même, taiseux et solitaire, partage seulement avec la petite Dana quelques phrases usuelles sur le trajet vers l’école et quelques moments dans sa petite maison.

Là-bas, tout n’est presque que silence et non-dits.  On pressent néanmoins une tension latente, liée à la fois au mystère du meurtre non résolu et à l’actualité sociale (l’immigration, la mondialisation, les restrictions européennes, …) que relaie, par bribes disparates, la télévision.

De ce contexte humain, se dégage une impression profonde de misère affective et cette solitude prégnante que renforcent les images démultipliées des champs de roseaux battus par le vent, des petites routes pluvieuses et des nuages si gris et si bas dans le ciel.

Par un rythme presque contemplatif et une esthétique sensorielle très appuyée, Sven Bresser réussit à créer une ambiance pesante, intense, inquiétante qui associe à une nature dominante les tourments de l’âme humaine.

                                     .                                                                                André CEUTERICK

CINEMA : « De la Comédie Française » et « Reedland » sont à l’affiche cette semaine !
Publié le 27 juillet, 2026

«De la Comédie Française»

Voilà un petit film (du moins par sa nature puisqu’il ne dure que 75 minutes et fut d’abord conçu comme un « format court » puis tourné, comme un long, en quelques semaines), délicieux, drôle, énergique, consacré à l’envers du décor de la prestigieuse « Comédie Française ».

Martin Darondeau et Bertrand Usclat se glissent dans les coulisses, avec la bienveillante et joyeuse complicité de quelques-uns de ses valeureux sociétaires.

Qu’y a-t-il derrière le rideau ?  Nina qui, dans quelques heures, présentera sa première mise en scène d’un Macbeth revisité.  Mais à mesure que l’échéance approche, les emmerdes s’accumulent : la comédienne qui doit jouer lady Macbeth est bloquée dans un train à la gare de Brest, les décors et les lumières ne sont pas au point et le régisseur technique rechigne à suivre les consignes de Nina et, pour comble de tout, le père de son bébé lui dépose l’enfant, sans crier gare,  avant de s’envoler pour un concert à Beyrouth …

Nina est sur le point de renoncer et d’annuler la représentation, d’autant plus que Philippe, son acteur principal, le plus chevronné, est victime d’une brutale chute de tension quand il découvre que sa femme, une autre comédienne, le trompe avec un jeune premier …

Mais voici qu’apparaît le fantôme de Molière, au détour d’un couloir, qui lui rappelle son devoir de chef de groupe, en remontant aux sources : « c’est ici ma maison, s’enflamme-t-il, depuis 1680 et pour l’éternité et même mort, je continue à jouer … ». Une scène truculente, la meilleure du film, portée par le remarquable Benjamin Lavernhe …

Mina reprend force et courage, remotivée par la sacro-sainte solidarité de la troupe, la troupe avant tout.

Martin Darondeau et Bertrand Usclat, les réalisateurs, se créditent au générique, par un astucieux clin d’œil « Pas de la Comédie  française », alors que tous les autres en sont expressément mentionnés, et portent ainsi, un regard extérieur, objectif et légitime sur l’institution.  Ils racontent, avec légèreté, humour et respect, ces acteurs, techniciens et autres « artistes » de cette troupe en pleine effervescence.  Les répliques sont vives et emballantes, les situations vaudevillesques, excitantes et efficaces, les moments d’émotion, intimes, justes et sincères. Un film – portrait de la Comédie Française qui constitue une simple et belle déclaration d’amour au théâtre et à ceux qui le font, en l’occurrence ici, dans des rôles « déstarisés » et presque à contre emploi, Guillaume Gallienne, en concierge psychorigide, Danièle Lebrun qui se shoote au cannabis pour conjurer le stress, Christian Hecq, en régisseur dépassé et de mauvaise foi, Marina Hands, une actrice un peu volage, qui trompe son cher mari Laurent Stocker, incontournable Macbeth et bien sûr Pauline Clément (qui cosigne le scénario du film), pensionnaire depuis 2015, qui, en chef de troupe, enthousiaste et passionnée, remonte tous les obstacles.  Un bon plaisir de cinéma qui se nourrit, si joliment, de son terreau de base.

« Reedland »

« Reedland », le 1er long métrage du réalisateur hollandais Sven Bresser, qui était à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2025, relève d’un cinéma naturaliste qui procède de l’observation insistante d’un environnement spécifique et du comportement de ses personnages.

Johan est cultivateur de roseaux quelque part dans la campagne marécageuse du nord des Pays-Bas.  Il mène une vie routinière entre ses champs, la garde de sa petite fille Dana et quelques visites anodines chez l’un ou l’autre voisin.

Un jour, dans l’une de ses parcelles, il découvre le corps d’une jeune fille assassinée.  Il appelle la police.  Un peu plus tard, un jeune homme d’un autre village, sans doute amant de la victime, est arrêté, mais relâché un peu plus tard, faute de preuves.  Johan est intrigué par ce meurtre et commence sa propre petite enquête …

A part cet « événement », il ne se passe pas grand chose dans cette contrée agricole où les gens sont rudes, renfermés sur eux-même.  Johan lui-même, taiseux et solitaire, partage seulement avec la petite Dana quelques phrases usuelles sur le trajet vers l’école et quelques moments dans sa petite maison.

Là-bas, tout n’est presque que silence et non-dits.  On pressent néanmoins une tension latente, liée à la fois au mystère du meurtre non résolu et à l’actualité sociale (l’immigration, la mondialisation, les restrictions européennes, …) que relaie, par bribes disparates, la télévision.

De ce contexte humain, se dégage une impression profonde de misère affective et cette solitude prégnante que renforcent les images démultipliées des champs de roseaux battus par le vent, des petites routes pluvieuses et des nuages si gris et si bas dans le ciel.

Par un rythme presque contemplatif et une esthétique sensorielle très appuyée, Sven Bresser réussit à créer une ambiance pesante, intense, inquiétante qui associe à une nature dominante les tourments de l’âme humaine.

                                     .                                                                                André CEUTERICK