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« L’objet du délit » et « A bras le corps », des films à voir au cinéma actuellement
Publié le 4 juin, 2026

«L’objet du délit»

Désormais privée de collaboration de J-P. Bacri, Agnès Jaoui a quand même gardé la même qualité d’écriture, la même approche thématique (les échanges et tensions au sein d’un groupe) et la même démarche formelle, celle du film choral, avec une répartition des rôles justement équilibrée.

« L’objet du délit » est donc, à nouveau, un objet de cinéma plaisant et savoureux, avec une belle brochette de comédiens, mais sans doute un peu alourdi par le sujet « Me too » que Agnès Jaoui aborde sans détour, mais selon un processus didactique trop peu appliqué.

Igor, un chef d’orchestre chevronné auditionne des chanteuses pour une version modernisée, dans l’air du temps, des « Noces de Figaro », qui sera mise en scène par Mirabelle, une jeune dramaturge néophyte et … féministe !

Il engage ainsi Sophie, dont le père, passionné d’opéra a investi dans la production du spectacle, Cora qui le convainc grâce un une voix magnifique et quelques autres.

Les rôles vedettes du Comte Almaviva et de la Comtesse seront, eux, tenus, par deux célébrités du monde de l’opéra : Piazzoni et la cantatrice Hannah.  La troupe est constituée et part répéter dans le Sud .

Bientôt, Sophie se plaint d’avoir été tripotée par Piazzoni lors d’une scène intime.  Les autres femmes montent au créneau … le spectacle pourrait bien ne jamais avoir lieu !

Dès lors, les personnages du film évoluent selon leur positionnement respectif par rapport à Me Too : Piazzoni, imbu de sa notoriété et très macho ne comprend rien, Mirabelle ne réussit à aucun moment à imposer ses a priori novateurs de mise en scène, Cora, activiste noire mène la fronde, Igor s’inquiète d’être rattrapé par d’anciennes histoires, Hannah tente la conciliation …  Et, évidemment, le ton monte et la crise s’emballe …

Le genre de la « comédie de mœurs », à la fois légère et grinçante, sur les « travers humains » où excellait le duo Bacri-Jaoui, s’assombrit ici de considérations – de revendications –  socio-politiques inhérentes au sujet « Me Too », qui pèsent sur le scénario et contraignent les personnages, limitant aussi le champ créatif des comédiens.  D’où aussi des dialogues moins brillants et moins truculents, et des situations moins jouissives que précédemment.  Mais on prend quand même beaucoup de plaisir à voir se démener, dans la mise en scène, de l’imbroglio Me Too, quelques formidables acteurs dont Agnès Jaoui, bien sûr et à ses côtés Daniel Auteuil et Eye Haïdara, dont le cinéma français ne peut plus se passer.

« A bras le corps »

C’est le premier long métrage de la cinéaste suisse Marie-Elsa Sgualdo qui immerge son sujet dans la Suisse protestante de la deuxième guerre mondiale.

En 1943, dans un petit village du Jura suisse, Emma, 15 ans, vit avec son père, un homme effacé, et ses deux petites sœurs dont elle s’occupe avec soin et attention car sa mère est partie vivre à la ville avec une autre homme.

Élevée au sein d’une communauté protestante stricte et rigide, Emma fait figure d’adolescente modèle et va recevoir un « prix de la vertu » qui lui permettrait de financer ses futures études d’infirmière.  Pour l’instant, elle travaille comme bonne chez le pasteur Robert, le père de Colette, son amie d’enfance, qu’elle aide pour ses devoirs d’école.  Un jour, un journaliste arrive au village pour faire un reportage sur les campagnes en période de guerre : il séduit Emma et profite de sa naïveté pour la violer.  Elle tombe enceinte … son destin bascule.

Face à l’hostilité de son entourage, elle transforme son traumatisme en capacité d’émancipation : Emma prend sa vie « à bras le corps » (selon le titre du film).

Pour donner la juste dimension à ce « drame d’une jeunesse perdue », la caméra souple et précise de Benoît Dervaux (chef opérateur des Frères Dardenne) filme au plus près cette jeune adolescente pleine d’innocence mais dotée d’une belle intelligence et d’une grande maturité, avec un visage angélique aux expressions fines et justes, selon les traits de l’envoûtante comédienne Lila Gueneau.

La mise en scène sobre, assez épurée presque austère, intègre quelques images liées au contexte historique : des juifs interpellés par des soldats allemands sur la ligne frontière, des bribes d’informations radiophoniques sur des rafles à proximité mais de la guerre, on ne parle pas dans cette Suisse neutre et bien pensante.  Pourtant Emma exprime quelques furtifs pressentiments : « pour qui les prend-on ? Ils n’ont rien fait ! » et le pasteur Robert noie dans l’alcool son impuissance de dire et de faire face à cette tragédie.

Un film sur lequel pèse les silences les plus assourdissants mais qui laisse entrevoir une espérance de liberté.

                                                                                                               André CEUTERICK

« L’objet du délit » et « A bras le corps », des films à voir au cinéma actuellement
Publié le 4 juin, 2026

«L’objet du délit»

Désormais privée de collaboration de J-P. Bacri, Agnès Jaoui a quand même gardé la même qualité d’écriture, la même approche thématique (les échanges et tensions au sein d’un groupe) et la même démarche formelle, celle du film choral, avec une répartition des rôles justement équilibrée.

« L’objet du délit » est donc, à nouveau, un objet de cinéma plaisant et savoureux, avec une belle brochette de comédiens, mais sans doute un peu alourdi par le sujet « Me too » que Agnès Jaoui aborde sans détour, mais selon un processus didactique trop peu appliqué.

Igor, un chef d’orchestre chevronné auditionne des chanteuses pour une version modernisée, dans l’air du temps, des « Noces de Figaro », qui sera mise en scène par Mirabelle, une jeune dramaturge néophyte et … féministe !

Il engage ainsi Sophie, dont le père, passionné d’opéra a investi dans la production du spectacle, Cora qui le convainc grâce un une voix magnifique et quelques autres.

Les rôles vedettes du Comte Almaviva et de la Comtesse seront, eux, tenus, par deux célébrités du monde de l’opéra : Piazzoni et la cantatrice Hannah.  La troupe est constituée et part répéter dans le Sud .

Bientôt, Sophie se plaint d’avoir été tripotée par Piazzoni lors d’une scène intime.  Les autres femmes montent au créneau … le spectacle pourrait bien ne jamais avoir lieu !

Dès lors, les personnages du film évoluent selon leur positionnement respectif par rapport à Me Too : Piazzoni, imbu de sa notoriété et très macho ne comprend rien, Mirabelle ne réussit à aucun moment à imposer ses a priori novateurs de mise en scène, Cora, activiste noire mène la fronde, Igor s’inquiète d’être rattrapé par d’anciennes histoires, Hannah tente la conciliation …  Et, évidemment, le ton monte et la crise s’emballe …

Le genre de la « comédie de mœurs », à la fois légère et grinçante, sur les « travers humains » où excellait le duo Bacri-Jaoui, s’assombrit ici de considérations – de revendications –  socio-politiques inhérentes au sujet « Me Too », qui pèsent sur le scénario et contraignent les personnages, limitant aussi le champ créatif des comédiens.  D’où aussi des dialogues moins brillants et moins truculents, et des situations moins jouissives que précédemment.  Mais on prend quand même beaucoup de plaisir à voir se démener, dans la mise en scène, de l’imbroglio Me Too, quelques formidables acteurs dont Agnès Jaoui, bien sûr et à ses côtés Daniel Auteuil et Eye Haïdara, dont le cinéma français ne peut plus se passer.

« A bras le corps »

C’est le premier long métrage de la cinéaste suisse Marie-Elsa Sgualdo qui immerge son sujet dans la Suisse protestante de la deuxième guerre mondiale.

En 1943, dans un petit village du Jura suisse, Emma, 15 ans, vit avec son père, un homme effacé, et ses deux petites sœurs dont elle s’occupe avec soin et attention car sa mère est partie vivre à la ville avec une autre homme.

Élevée au sein d’une communauté protestante stricte et rigide, Emma fait figure d’adolescente modèle et va recevoir un « prix de la vertu » qui lui permettrait de financer ses futures études d’infirmière.  Pour l’instant, elle travaille comme bonne chez le pasteur Robert, le père de Colette, son amie d’enfance, qu’elle aide pour ses devoirs d’école.  Un jour, un journaliste arrive au village pour faire un reportage sur les campagnes en période de guerre : il séduit Emma et profite de sa naïveté pour la violer.  Elle tombe enceinte … son destin bascule.

Face à l’hostilité de son entourage, elle transforme son traumatisme en capacité d’émancipation : Emma prend sa vie « à bras le corps » (selon le titre du film).

Pour donner la juste dimension à ce « drame d’une jeunesse perdue », la caméra souple et précise de Benoît Dervaux (chef opérateur des Frères Dardenne) filme au plus près cette jeune adolescente pleine d’innocence mais dotée d’une belle intelligence et d’une grande maturité, avec un visage angélique aux expressions fines et justes, selon les traits de l’envoûtante comédienne Lila Gueneau.

La mise en scène sobre, assez épurée presque austère, intègre quelques images liées au contexte historique : des juifs interpellés par des soldats allemands sur la ligne frontière, des bribes d’informations radiophoniques sur des rafles à proximité mais de la guerre, on ne parle pas dans cette Suisse neutre et bien pensante.  Pourtant Emma exprime quelques furtifs pressentiments : « pour qui les prend-on ? Ils n’ont rien fait ! » et le pasteur Robert noie dans l’alcool son impuissance de dire et de faire face à cette tragédie.

Un film sur lequel pèse les silences les plus assourdissants mais qui laisse entrevoir une espérance de liberté.

                                                                                                               André CEUTERICK