«Mata »
Eye Haïdara : décidément on ne parle plus que d’elle !
Humble et lumineuse, elle a parfaitement maîtrisé, avec classe et beaucoup d’à propos les cérémonies d’ouverture et de clôture du festival de Cannes.
La voilà à présent tout en haut de l’affiche dans le rôle-titre du nouveau film de Rachel Lang (à qui on doit notamment le très marquant « Mon Légionnaire », en 2021 avec Louis Garel et Camille Cottin), « Mata », un film d’espionnage intense, troublant, captivant.
Eye Haïdara est donc le capitaine Mata Morand, agent du service action de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), infiltrée au Niger.
Lors d’une opération clandestine avec son collègue Antoine – qui est aussi son compagnon « dans le civil » – elle est blessée et, lui, est fait prisonnier.
Revenue en France, elle fait rapport à ses supérieurs qui, pour raison de « convalescence nécessaire » l’écarte provisoirement du terrain et l’affecte contre son gré, au service de formation des jeunes recrues.
Elle prend en charge Héloïse dont elle conduit l’instruction dans une mission de contre espionnage dans les Alpes, ce qui lui permet, en fait, de retrouver un lien avec l’attentat du Niger où Antoine est toujours retenu en otage.
Il n’y a, ici, aucune scène spectaculaire : ni actes de bravoure, ni poursuites infernales, ni règlements de compte violents. Rachel Lang s’attache prioritairement au comportement et à la psychologie de son personnage principal : Mata est une femme active, compétente, obstinée parce que meurtrie aussi, dont l’intelligence et la clairvoyance lui font pressentir le jeu double et pervers d’un pouvoir hiérarchique inféodé à d’obscures stratégies géopolitiques, au nom de la sacro-sainte raison d’État, sans le moindre égard pour toutes considérations personnelles.
Porté par une formidable Eye Haïdara qui impose sa prestance physique et sa lucidité humaine, « Mata » échappe aux clichés, poncifs et codes inhérents au genre du film d’espionnage pour affirmer une identité propre et une puissance introspective très singulière.


« Le Gâteau du Président »
Une belle surprise et sans doute un petit miracle du cinéma.
Ce premier film de l’Irakien Hassan Hadi, journaliste,scénariste et professeur de cinéma, a obtenu, il ya juste un an, la Caméra d’or du meilleur premier film au festival de Cannes 2025 et le prix du public à la Quinzaine des Cinéastes.
Hasan Hadi a réussi l’incroyable exploit de tourner le film intégralement chez lui, dans le Sud de l’Irak, sur les lieux de son enfance.
Dans un petit village de marais, la petite Lamia, 9 ans, vit avec sa grand-mère Bibi et son coq Hindi dans une modeste maison en roseau. Dans le ciel, quelques avions américains survolent la région.
A l’école, elle est désignée pour préparer le gâteau d’anniversaire de Sadam Hussein, un honneur patriotique auquel on ne peut se soustraire. Bibi et Lamia sont emmenée à la ville, par Jasim, le facteur pour y trouver les ingrédients nécessaires. Mais Bibi, épuisée et malade, veut y confier Lamia à une amie … La gamine s’enfuit et retrouve son copain Saeed avec lequel elle passe d’une boutique à l’autre pour trouver ses produits.
Commence ainsi une sorte de parcours initiatique sans argent ni protection parsemé d’embûches, d’imprévus et de rencontres diverses.
Hasan Hadi donne à voir la pauvreté, la misère, les pénuries de l’Irak des années 90, un monde chaotique rongé par la corruption et soumis au culte de la personnalité d’un dictateur narcissique et omnipotent. On ne filme pas le pouvoir en direct, de manière frontale mais il défile partout sous la forme d’une propagande permanente, hystérique et absurde.
Cette réalité sociale et humaine, profondément dramatique, vécue à hauteur d’enfant, prend alors la forme d’une fable, teintée d’humour noir, amère et humaniste.
Avec dans le regard saisissant de Lamia, comme un soupçon d’espoir et de lumière.
André CEUTERICK
«Mata »
Eye Haïdara : décidément on ne parle plus que d’elle !
Humble et lumineuse, elle a parfaitement maîtrisé, avec classe et beaucoup d’à propos les cérémonies d’ouverture et de clôture du festival de Cannes.
La voilà à présent tout en haut de l’affiche dans le rôle-titre du nouveau film de Rachel Lang (à qui on doit notamment le très marquant « Mon Légionnaire », en 2021 avec Louis Garel et Camille Cottin), « Mata », un film d’espionnage intense, troublant, captivant.
Eye Haïdara est donc le capitaine Mata Morand, agent du service action de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), infiltrée au Niger.
Lors d’une opération clandestine avec son collègue Antoine – qui est aussi son compagnon « dans le civil » – elle est blessée et, lui, est fait prisonnier.
Revenue en France, elle fait rapport à ses supérieurs qui, pour raison de « convalescence nécessaire » l’écarte provisoirement du terrain et l’affecte contre son gré, au service de formation des jeunes recrues.
Elle prend en charge Héloïse dont elle conduit l’instruction dans une mission de contre espionnage dans les Alpes, ce qui lui permet, en fait, de retrouver un lien avec l’attentat du Niger où Antoine est toujours retenu en otage.
Il n’y a, ici, aucune scène spectaculaire : ni actes de bravoure, ni poursuites infernales, ni règlements de compte violents. Rachel Lang s’attache prioritairement au comportement et à la psychologie de son personnage principal : Mata est une femme active, compétente, obstinée parce que meurtrie aussi, dont l’intelligence et la clairvoyance lui font pressentir le jeu double et pervers d’un pouvoir hiérarchique inféodé à d’obscures stratégies géopolitiques, au nom de la sacro-sainte raison d’État, sans le moindre égard pour toutes considérations personnelles.
Porté par une formidable Eye Haïdara qui impose sa prestance physique et sa lucidité humaine, « Mata » échappe aux clichés, poncifs et codes inhérents au genre du film d’espionnage pour affirmer une identité propre et une puissance introspective très singulière.


« Le Gâteau du Président »
Une belle surprise et sans doute un petit miracle du cinéma.
Ce premier film de l’Irakien Hassan Hadi, journaliste,scénariste et professeur de cinéma, a obtenu, il ya juste un an, la Caméra d’or du meilleur premier film au festival de Cannes 2025 et le prix du public à la Quinzaine des Cinéastes.
Hasan Hadi a réussi l’incroyable exploit de tourner le film intégralement chez lui, dans le Sud de l’Irak, sur les lieux de son enfance.
Dans un petit village de marais, la petite Lamia, 9 ans, vit avec sa grand-mère Bibi et son coq Hindi dans une modeste maison en roseau. Dans le ciel, quelques avions américains survolent la région.
A l’école, elle est désignée pour préparer le gâteau d’anniversaire de Sadam Hussein, un honneur patriotique auquel on ne peut se soustraire. Bibi et Lamia sont emmenée à la ville, par Jasim, le facteur pour y trouver les ingrédients nécessaires. Mais Bibi, épuisée et malade, veut y confier Lamia à une amie … La gamine s’enfuit et retrouve son copain Saeed avec lequel elle passe d’une boutique à l’autre pour trouver ses produits.
Commence ainsi une sorte de parcours initiatique sans argent ni protection parsemé d’embûches, d’imprévus et de rencontres diverses.
Hasan Hadi donne à voir la pauvreté, la misère, les pénuries de l’Irak des années 90, un monde chaotique rongé par la corruption et soumis au culte de la personnalité d’un dictateur narcissique et omnipotent. On ne filme pas le pouvoir en direct, de manière frontale mais il défile partout sous la forme d’une propagande permanente, hystérique et absurde.
Cette réalité sociale et humaine, profondément dramatique, vécue à hauteur d’enfant, prend alors la forme d’une fable, teintée d’humour noir, amère et humaniste.
Avec dans le regard saisissant de Lamia, comme un soupçon d’espoir et de lumière.
André CEUTERICK