« Juste une illusion »
Eric Toledano et Olivier Nakache maîtrisent délicieusement l’art de la comédie, la bonne et vraie comédie, celle des dialogues savoureux, des situations cocasses, des relations chaleureuses, avec cette capacité de raconter une histoire forte et captivante et de mettre en scène des personnages qui font l’adhésion par leur richesse humaine.
On se souvient du « Sens de la fête » (2017) avec J-P. Bacri exceptionnel et qui révéla l’étonnante Eye Haïdara (la prochaine maîtresse de cérémonie du festival de Cannes), de « Intouchables » (2011) avec l’incroyable duo François Cluzet – Omar Sy ou encore « Hors Normes » avec Vincent Cassel et Reda Kateb (2019).
Ici, les deux compères remontent le temps et ouvrent leurs albums respectifs de la prime adolescence. En 1985, Vincent va bientôt avoir 13 ans. Il vit dans un appartement de la banlieue ouest parisienne et doit partager sa chambre avec Arnaud, son frère aîné, agressif et dominateur, dont il est un peu le souffre douleur.
Son père, Yves, cadre depuis 15 ans chez Moulinex, a été licencié mais il ne veut le dire à personne. Sa mère Sandrine, s’est inscrite à une formation en informatique pour évoluer professionnellement, lasse de ce boulot de secrétaire depuis trop longtemps. Leur immeuble est gardé par Monsieur Berger, un homme à tout faire, qui s’immisce de temps à autre dans leur vie et n’est pas insensible au charme de Sandrine.
Entre les difficultés financières et les enfants qui s’émancipent, les tensions s’accumulent entre Yves et Sandrine mais le couple reste soudé et solidaire.
Pour Vincent, c’est aussi le temps des premiers moments de liberté, des premières amours du premier baiser …
Toledano et Nakache se souviennent de ce temps-là avec nostalgie bien sûr, parfois une pointe de mélancolie mais c’est surtout un retour au bonheur d’antan.
Cette petite histoire d’une famille comme les autres se coule dans les mouvements de la grande Histoire : les années Mitterrand, le temps du chômage, des grèves, des manifestations populaires, le SOS Racisme d’Harlem Désir, … ils sont ainsi les témoins de leur temps. Il y a des clins d’œil aux obsessions quotidiennes de l’époque : les voitures, Drucker à la télé, Fabrice et sa fameuse Valise RTL. Il y a des moments drôles, certains assez réalistes, d’autres émouvants, sans jamais de rire appuyé ou de mièvrerie quelconque. Toledano et Nakache, c’est le sens du sourire, de la tendresse et de la bienveillance.
Avec dans les rôles principaux, Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, toujours justes et vrais, si bien dans leur peau de ce temps-là.

« La femme de»
C’est le deuxième long métrage de David Roux, après « L’ordre des médecins » (2019).
Il immerge ici Marianne, une femme de 40 ans, mère de deux enfants, dans une famille riche et bourgeoise, fondée sur l’autorité patriarcale, aux mœurs conservatrices et aux traditions bien ancrées dans la religion catholique.
Elle est mariée avec Antoine qui gère la société industrielle florissante que lui a cédé son père, désormais sénile et handicapé, qui continue à vivre dans la grande maison familiale. A la mort de sa mère, Antoine rachète les parts de ses frères et sœurs et s’y installe, contre l’avis de Marianne qui, de surcroît servira d’infirmière à son vieux père.
Marianne étouffe dans cette vie où ils l’ont ensevelie et où elle s’est laissée engloutir.
Un jour, un homme se présente chez eux, un photographe engagé par Antoine pour filmer le domaine. C’est Johann qui rappelle à Marianne leur très éphémère rencontre des années plus tôt. Elle n’a aucun souvenir …
David Roux cerne avec une empathie un peu distante cette femme soumise dont il laisse poindre les tourments intérieurs. Marianne est une femme docile, bousculée, meurtrie humainement et psychologiquement, on l’appelle, on la sonne, on la contraint : elle s’exécute.
De temps à autre, elle exprime un besoin d’amour, celui de ses enfants, déjà façonnés par le moule familial, celui de Bob, le frère d’Antoine avec qui elle a une liaison secrète et peut-être celui de ce photographe qui pourrait l’emmener. Marianne semble étrangère, égarée, transparente dans ce monde codifié et cadenassé qui ne sera jamais fait pour elle.
Et puis, il y a cette grande demeure et son jardin, bien plus qu’un décor, c’est un personnage à part entière, dont la froideur pèse plus encore sur l’existence de Marianne.
David Roux, crée une atmosphère singulière, tenace, prenante, avec des tons feutrés et une lumière assombrie.
Dans le rôle de de cette « femme de », Mélanie Thierry réalise une composition dramatique remarquable de subtilité, de retenue, d’introversion, si présente dans l’effacement, si touchante dans l’abnégation, si frissonnante de sensibilité. Avec aussi en elle, cette force contenue de la femme en quête de reconnaissance et de liberté dans un monde machiste et dynastique.
André CEUTERICK
« Juste une illusion »
Eric Toledano et Olivier Nakache maîtrisent délicieusement l’art de la comédie, la bonne et vraie comédie, celle des dialogues savoureux, des situations cocasses, des relations chaleureuses, avec cette capacité de raconter une histoire forte et captivante et de mettre en scène des personnages qui font l’adhésion par leur richesse humaine.
On se souvient du « Sens de la fête » (2017) avec J-P. Bacri exceptionnel et qui révéla l’étonnante Eye Haïdara (la prochaine maîtresse de cérémonie du festival de Cannes), de « Intouchables » (2011) avec l’incroyable duo François Cluzet – Omar Sy ou encore « Hors Normes » avec Vincent Cassel et Reda Kateb (2019).
Ici, les deux compères remontent le temps et ouvrent leurs albums respectifs de la prime adolescence. En 1985, Vincent va bientôt avoir 13 ans. Il vit dans un appartement de la banlieue ouest parisienne et doit partager sa chambre avec Arnaud, son frère aîné, agressif et dominateur, dont il est un peu le souffre douleur.
Son père, Yves, cadre depuis 15 ans chez Moulinex, a été licencié mais il ne veut le dire à personne. Sa mère Sandrine, s’est inscrite à une formation en informatique pour évoluer professionnellement, lasse de ce boulot de secrétaire depuis trop longtemps. Leur immeuble est gardé par Monsieur Berger, un homme à tout faire, qui s’immisce de temps à autre dans leur vie et n’est pas insensible au charme de Sandrine.
Entre les difficultés financières et les enfants qui s’émancipent, les tensions s’accumulent entre Yves et Sandrine mais le couple reste soudé et solidaire.
Pour Vincent, c’est aussi le temps des premiers moments de liberté, des premières amours du premier baiser …
Toledano et Nakache se souviennent de ce temps-là avec nostalgie bien sûr, parfois une pointe de mélancolie mais c’est surtout un retour au bonheur d’antan.
Cette petite histoire d’une famille comme les autres se coule dans les mouvements de la grande Histoire : les années Mitterrand, le temps du chômage, des grèves, des manifestations populaires, le SOS Racisme d’Harlem Désir, … ils sont ainsi les témoins de leur temps. Il y a des clins d’œil aux obsessions quotidiennes de l’époque : les voitures, Drucker à la télé, Fabrice et sa fameuse Valise RTL. Il y a des moments drôles, certains assez réalistes, d’autres émouvants, sans jamais de rire appuyé ou de mièvrerie quelconque. Toledano et Nakache, c’est le sens du sourire, de la tendresse et de la bienveillance.
Avec dans les rôles principaux, Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, toujours justes et vrais, si bien dans leur peau de ce temps-là.

« La femme de»
C’est le deuxième long métrage de David Roux, après « L’ordre des médecins » (2019).
Il immerge ici Marianne, une femme de 40 ans, mère de deux enfants, dans une famille riche et bourgeoise, fondée sur l’autorité patriarcale, aux mœurs conservatrices et aux traditions bien ancrées dans la religion catholique.
Elle est mariée avec Antoine qui gère la société industrielle florissante que lui a cédé son père, désormais sénile et handicapé, qui continue à vivre dans la grande maison familiale. A la mort de sa mère, Antoine rachète les parts de ses frères et sœurs et s’y installe, contre l’avis de Marianne qui, de surcroît servira d’infirmière à son vieux père.
Marianne étouffe dans cette vie où ils l’ont ensevelie et où elle s’est laissée engloutir.
Un jour, un homme se présente chez eux, un photographe engagé par Antoine pour filmer le domaine. C’est Johann qui rappelle à Marianne leur très éphémère rencontre des années plus tôt. Elle n’a aucun souvenir …
David Roux cerne avec une empathie un peu distante cette femme soumise dont il laisse poindre les tourments intérieurs. Marianne est une femme docile, bousculée, meurtrie humainement et psychologiquement, on l’appelle, on la sonne, on la contraint : elle s’exécute.
De temps à autre, elle exprime un besoin d’amour, celui de ses enfants, déjà façonnés par le moule familial, celui de Bob, le frère d’Antoine avec qui elle a une liaison secrète et peut-être celui de ce photographe qui pourrait l’emmener. Marianne semble étrangère, égarée, transparente dans ce monde codifié et cadenassé qui ne sera jamais fait pour elle.
Et puis, il y a cette grande demeure et son jardin, bien plus qu’un décor, c’est un personnage à part entière, dont la froideur pèse plus encore sur l’existence de Marianne.
David Roux, crée une atmosphère singulière, tenace, prenante, avec des tons feutrés et une lumière assombrie.
Dans le rôle de de cette « femme de », Mélanie Thierry réalise une composition dramatique remarquable de subtilité, de retenue, d’introversion, si présente dans l’effacement, si touchante dans l’abnégation, si frissonnante de sensibilité. Avec aussi en elle, cette force contenue de la femme en quête de reconnaissance et de liberté dans un monde machiste et dynastique.
André CEUTERICK