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« Compostelle » et « Les rayons et les ombres » , des films à voir au cinéma actuellement !
Publié le 7 avril, 2026

« Les rayons et les ombres »

Après avoir si brillamment revisité « Les illusions perdues » de Balzac (2021), Xavier Giannoli réalise une formidable fresque historique sur la période française de l’entre deux guerres et de la Collaboration, d’une grande puissance romanesque, dense, réaliste, qui s’appuie aussi sur une reconstitution extrêmement soignée.

A Paris, en 1946, Corinne est agressée dans la rue et secourue par sa voisine de palier à qui elle confie son enfant, pendant quelques heures, le temps d’enregistrer sur un magnétophone, l’histoire de sa vie.

Un prologue qui nous renvoie dans les années 30.  Le père de Corinne, Jean Luchaire, milite pour le pacifisme et l’amitié franco-allemande, avec son ami Otto Abetz.  Ils créent le journal « Notre Temps » et idéalisent leur engagement. Corinne, une grande et belle adolescente très liée à son père, veut devenir actrice.  Elle fait des essais concluants pour un réalisateur russe qui lance sa carrière.

La guerre approche, Otto est expulsé de France puis recruté par les nazis.  Sous l’occupation, il est nommé ambassadeur d’Allemagne à Paris et retrouve son ami Jean qui, en soutenant sa politique sur le territoire français, glisse du côté de la Collaboration.

Jean est atteint de tuberculose, une maladie incurable et héréditaire, dont Corinne souffrira à son tour un peu plus tard. Mais pour le père et la fille, c’est le début d’une nouvelle vie de faste et de luxe …

Il y a plus d’ombres que de rayons (selon le titre d’un poème de Victor Hugo) dans le film de Xavier Giannoli qui oppose les quelques lumières des idéaux pacifiques du début et surtout celles que libèrent la personnalité, le caractère et la beauté diaphane de Corinne, aux sombres années de l’Occupation que Giannoli restitue, en toile de fond essentielle, avec un sens aiguisé de gravité et de vérité.

A partir de l’admirable double portrait de Jean et de Corinne Luchaire, Giannoli observe et analyse le processus de glissement vers la Collaboration : au départ Jean Luchaire est un jeune citoyen idéaliste, sincère, engagé qui devient, au fil des circonstances, un collaborateur influent et responsable.

Quant à Corinne, ingénue, insouciante mais néanmoins consciente, elle est prise dans le tourbillon de l’Histoire.  Giannoli en fait des personnages riches, complexes, intenses sans jamais les réduire à l’état de caricature.

Comme pour « Les illusions perdues », la mise en scène est ample, parfois somptueuse, parfois maîtrisée.

Jean Dujardin réalise une formidable composition dramatique, donnant à son personnage, toute la force, l’ambivalence, l’habileté, l’insidieux égarement qui lui sied.

Et que dire de Nastya Golubeva, la révélation absolue du film, pétillante, rayonnante, lumineuse, plurielle dans la joie, le plaisir, l’adversité, la maladie, la déchéance.

Voilà un film éclatant, dérangeant, interpellant et quand même assez fascinant.

« Compostelle » de Yann Samuell

Fred, une enseignante expérimentée est mise à pied pour avoir giflé une élève. Sa vie est d’autant plus fragilisée que sa fille part au Canada pour poursuivre ses études et que son mari a demandé le divorce.

Elle postule pour devenir accompagnante dans une association qui aide des adolescents en difficulté par le biais d’«une marche de rupture », assimilée au pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle.  Elle part avec Adam, un délinquant multirécidiviste qui pourrait ainsi éviter la prison. Les premiers contacts sont difficiles et les rapports extrêmement tendus mais Fred se rapproche progressivement d’Adam et tente de l’apprivoiser …

Pour raconter cette histoire, Yann Samuell (« Jeux d’enfants », « L’âge de raison ») s’inspire du livre « Marche et invente ta vie » dans lequel Bernard Olivier explique le travail de son association de réinsertion de jeunes en difficulté par la marche, une option assez originale qui semble porter ses fruits.  Ceci crédibilise d’emblée le sujet d’un film qui repose essentiellement sur l’évolution des rapports entre Fred et Adam qui doivent relever un défi aussi très éprouvant physiquement.

Le chemin parsemé d’embûches naturelles, mais pas trop, leur permet de faire quelques jolie rencontres, avec Estelle par exemple une jeune marcheuse avec prothèse ou encore avec un groupe de moines avec qui Adam fait un morceau de rapp et leur offre de beaux paysages.  Le récit de cette expédition reste néanmoins assez prévisible et moins ardu qu’on pouvait l’imaginer.

Alexandra Lamy, toujours lumineuse, est convaincante, naturelle et spontanée, dans ce rôle de femme en reconstruction, beaucoup plus crédible que le jeune Julien Le Berre qui en fait beaucoup trop pour imposer ce personnage de jeune caïd ado dont il n’a ni le tempérament ni l’apparence physique.

                                                                                                          André CEUTERICK

« Compostelle » et « Les rayons et les ombres » , des films à voir au cinéma actuellement !
Publié le 7 avril, 2026

« Les rayons et les ombres »

Après avoir si brillamment revisité « Les illusions perdues » de Balzac (2021), Xavier Giannoli réalise une formidable fresque historique sur la période française de l’entre deux guerres et de la Collaboration, d’une grande puissance romanesque, dense, réaliste, qui s’appuie aussi sur une reconstitution extrêmement soignée.

A Paris, en 1946, Corinne est agressée dans la rue et secourue par sa voisine de palier à qui elle confie son enfant, pendant quelques heures, le temps d’enregistrer sur un magnétophone, l’histoire de sa vie.

Un prologue qui nous renvoie dans les années 30.  Le père de Corinne, Jean Luchaire, milite pour le pacifisme et l’amitié franco-allemande, avec son ami Otto Abetz.  Ils créent le journal « Notre Temps » et idéalisent leur engagement. Corinne, une grande et belle adolescente très liée à son père, veut devenir actrice.  Elle fait des essais concluants pour un réalisateur russe qui lance sa carrière.

La guerre approche, Otto est expulsé de France puis recruté par les nazis.  Sous l’occupation, il est nommé ambassadeur d’Allemagne à Paris et retrouve son ami Jean qui, en soutenant sa politique sur le territoire français, glisse du côté de la Collaboration.

Jean est atteint de tuberculose, une maladie incurable et héréditaire, dont Corinne souffrira à son tour un peu plus tard. Mais pour le père et la fille, c’est le début d’une nouvelle vie de faste et de luxe …

Il y a plus d’ombres que de rayons (selon le titre d’un poème de Victor Hugo) dans le film de Xavier Giannoli qui oppose les quelques lumières des idéaux pacifiques du début et surtout celles que libèrent la personnalité, le caractère et la beauté diaphane de Corinne, aux sombres années de l’Occupation que Giannoli restitue, en toile de fond essentielle, avec un sens aiguisé de gravité et de vérité.

A partir de l’admirable double portrait de Jean et de Corinne Luchaire, Giannoli observe et analyse le processus de glissement vers la Collaboration : au départ Jean Luchaire est un jeune citoyen idéaliste, sincère, engagé qui devient, au fil des circonstances, un collaborateur influent et responsable.

Quant à Corinne, ingénue, insouciante mais néanmoins consciente, elle est prise dans le tourbillon de l’Histoire.  Giannoli en fait des personnages riches, complexes, intenses sans jamais les réduire à l’état de caricature.

Comme pour « Les illusions perdues », la mise en scène est ample, parfois somptueuse, parfois maîtrisée.

Jean Dujardin réalise une formidable composition dramatique, donnant à son personnage, toute la force, l’ambivalence, l’habileté, l’insidieux égarement qui lui sied.

Et que dire de Nastya Golubeva, la révélation absolue du film, pétillante, rayonnante, lumineuse, plurielle dans la joie, le plaisir, l’adversité, la maladie, la déchéance.

Voilà un film éclatant, dérangeant, interpellant et quand même assez fascinant.

« Compostelle » de Yann Samuell

Fred, une enseignante expérimentée est mise à pied pour avoir giflé une élève. Sa vie est d’autant plus fragilisée que sa fille part au Canada pour poursuivre ses études et que son mari a demandé le divorce.

Elle postule pour devenir accompagnante dans une association qui aide des adolescents en difficulté par le biais d’«une marche de rupture », assimilée au pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle.  Elle part avec Adam, un délinquant multirécidiviste qui pourrait ainsi éviter la prison. Les premiers contacts sont difficiles et les rapports extrêmement tendus mais Fred se rapproche progressivement d’Adam et tente de l’apprivoiser …

Pour raconter cette histoire, Yann Samuell (« Jeux d’enfants », « L’âge de raison ») s’inspire du livre « Marche et invente ta vie » dans lequel Bernard Olivier explique le travail de son association de réinsertion de jeunes en difficulté par la marche, une option assez originale qui semble porter ses fruits.  Ceci crédibilise d’emblée le sujet d’un film qui repose essentiellement sur l’évolution des rapports entre Fred et Adam qui doivent relever un défi aussi très éprouvant physiquement.

Le chemin parsemé d’embûches naturelles, mais pas trop, leur permet de faire quelques jolie rencontres, avec Estelle par exemple une jeune marcheuse avec prothèse ou encore avec un groupe de moines avec qui Adam fait un morceau de rapp et leur offre de beaux paysages.  Le récit de cette expédition reste néanmoins assez prévisible et moins ardu qu’on pouvait l’imaginer.

Alexandra Lamy, toujours lumineuse, est convaincante, naturelle et spontanée, dans ce rôle de femme en reconstruction, beaucoup plus crédible que le jeune Julien Le Berre qui en fait beaucoup trop pour imposer ce personnage de jeune caïd ado dont il n’a ni le tempérament ni l’apparence physique.

                                                                                                          André CEUTERICK