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« Rue Malaga » et « Victor comme tout le monde » à voir au cinéma !
Publié le 19 mars, 2026

«Calle Malaga» (« Rue Malaga »)

Rue Malaga, à Tanger, dans le Nord du Maroc, là où est née et où a toujours vécu Maria Angeles Munôz, une Espagnole aujourd’hui age de 79 ans : c’est l’héroïne du troisième long métrage de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani, après « Adam » (2019) et le magnifique « Bleu du Caftan » (2022).

Maria reçoit la visite de sa fille Clara qui vit à Madrid avec ses deux enfants.  Après un divorce compliqué, celle-ci annonce à sa mère qu’elle va vendre l’appartement familial.  Maria accuse le coup, refuse puis doit céder à la détermination de sa fille qui a déjà contacté un agent immobilier et un antiquaire pour racheter ses biens.

Maria obtient une place dans une résidence pour personnes âgées mais elle ne supporte pas cette nouvelle vie et revient discrètement chez elle où elle va se reconstruire.

Maryam Touzani brosse le portrait de cette vieille dame simple, digne, attachante, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, et ce profond humanisme qui caractérisait déjà ses deux premiers films.

Elle propose une approche étonnante et admirable de la vieillesse : Maria refuse ce coup du sort, se reprend en mains, invente une situation nouvelle, retrouve sa force, son caractère et son bien être dans son cher « quartier espagnol ».  Elle redécouvre aussi l’amour  à travers le personnage de cet antiquaire, au départ, bourru, acariâtre, indifférent mais qu’elle finit par apprivoiser.  La rencontre de deux solitudes filmée avec tendresse et sensualité par Maryam Touzani qui ose aussi quelques belles scènes de corps dénudés pour dire leur sens du désir et de liberté de soi.

Comme décor central du film, il y a Tanger, ex-ville coloniale, jadis sous protectorat espagnol, avec ses rues pittoresques ses petits commerces, ses habitants enjoués qui s’intègrent harmonieusement dans une mise en scène chaleureuse où on privilégie l’atmosphère des lieux.

Dans le rôle de Maria, Carmen Maura, grande star internationale du cinéma espagnol, l’une des actrices emblématiques de Pedro Almodovar, réalise une performance irradiante, qui donne à son personnage une énergie combative et l’image lumineuse d’une femme soignée, élégante et encore sensuelle.  Un vrai don de soi.

« Victor comme tout le monde»

Un film à trois têtes : l’acteur – scénariste-réalisateur prolixe – Pascal Bonitzer, l’emphatique et exubérant Fabrice Luchini et le génie de la pensée et des lettres françaises Victor Hugo : le premier mettant en scène le deuxième qui déclame le troisième …

Sur un scénario original de la regrettée Sophie Fillières, décédée en juillet 2023, Pascal Bonitzer, son ex-mari, réalise un film quand même assez personnel où on retrouve son sens de la comédie et son intérêt pour les enquêtes tendance policière.

Acteur de théâtre, marié à Anabelle, une spécialiste de la finance qui vit en grande partie à New-York, Robert Zucchini travaille inlassablement les textes de Victor Hugo qu’il lit presque chaque soir sur scène.  Hugo, c’est son travail, son obsession, sa vie de chaque instant.

Un jour, il apprend qu’une ancienne amante est décédée, avec laquelle il a eu une fille, Lisebeth, qu’il n’a jamais vraiment connue.  Il tente alors de reprendre contact avec elle.

Dès lors, l’intrigue du film suit deux directions à la fois parallèles et complémentaires : Luchini et Hugo (ce qui donne lieu à quelques fameux morceaux de bravoure d’un Luchini littéralement – et littérairement – habité) et Luchini et Lisbeth, l’inconnue qui finit par apparaître dans les coulisses de son théâtre.

Le film oscille ainsi entre dévotion artistique et vie intime qui finissent par se confondre quant Robert emmène Lisbeth en voyage à Guernesey, là où il a rencontré sa mère, là où a vécu en partie Victor Hugo.  La boucle narrative est ainsi bouclée.

C’est une comédie légère, drôle, plaisante à suivre, avec quelques jolis moments tendres et poétiques, avec un Fabrice Luchini au meilleur de lui-même qui, sans jamais cabotiner, livre une performance virtuose, pleine d’humour et d’émotion.

                                                                                                               André CEUTERICK

« Rue Malaga » et « Victor comme tout le monde » à voir au cinéma !
Publié le 19 mars, 2026

«Calle Malaga» (« Rue Malaga »)

Rue Malaga, à Tanger, dans le Nord du Maroc, là où est née et où a toujours vécu Maria Angeles Munôz, une Espagnole aujourd’hui age de 79 ans : c’est l’héroïne du troisième long métrage de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani, après « Adam » (2019) et le magnifique « Bleu du Caftan » (2022).

Maria reçoit la visite de sa fille Clara qui vit à Madrid avec ses deux enfants.  Après un divorce compliqué, celle-ci annonce à sa mère qu’elle va vendre l’appartement familial.  Maria accuse le coup, refuse puis doit céder à la détermination de sa fille qui a déjà contacté un agent immobilier et un antiquaire pour racheter ses biens.

Maria obtient une place dans une résidence pour personnes âgées mais elle ne supporte pas cette nouvelle vie et revient discrètement chez elle où elle va se reconstruire.

Maryam Touzani brosse le portrait de cette vieille dame simple, digne, attachante, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, et ce profond humanisme qui caractérisait déjà ses deux premiers films.

Elle propose une approche étonnante et admirable de la vieillesse : Maria refuse ce coup du sort, se reprend en mains, invente une situation nouvelle, retrouve sa force, son caractère et son bien être dans son cher « quartier espagnol ».  Elle redécouvre aussi l’amour  à travers le personnage de cet antiquaire, au départ, bourru, acariâtre, indifférent mais qu’elle finit par apprivoiser.  La rencontre de deux solitudes filmée avec tendresse et sensualité par Maryam Touzani qui ose aussi quelques belles scènes de corps dénudés pour dire leur sens du désir et de liberté de soi.

Comme décor central du film, il y a Tanger, ex-ville coloniale, jadis sous protectorat espagnol, avec ses rues pittoresques ses petits commerces, ses habitants enjoués qui s’intègrent harmonieusement dans une mise en scène chaleureuse où on privilégie l’atmosphère des lieux.

Dans le rôle de Maria, Carmen Maura, grande star internationale du cinéma espagnol, l’une des actrices emblématiques de Pedro Almodovar, réalise une performance irradiante, qui donne à son personnage une énergie combative et l’image lumineuse d’une femme soignée, élégante et encore sensuelle.  Un vrai don de soi.

« Victor comme tout le monde»

Un film à trois têtes : l’acteur – scénariste-réalisateur prolixe – Pascal Bonitzer, l’emphatique et exubérant Fabrice Luchini et le génie de la pensée et des lettres françaises Victor Hugo : le premier mettant en scène le deuxième qui déclame le troisième …

Sur un scénario original de la regrettée Sophie Fillières, décédée en juillet 2023, Pascal Bonitzer, son ex-mari, réalise un film quand même assez personnel où on retrouve son sens de la comédie et son intérêt pour les enquêtes tendance policière.

Acteur de théâtre, marié à Anabelle, une spécialiste de la finance qui vit en grande partie à New-York, Robert Zucchini travaille inlassablement les textes de Victor Hugo qu’il lit presque chaque soir sur scène.  Hugo, c’est son travail, son obsession, sa vie de chaque instant.

Un jour, il apprend qu’une ancienne amante est décédée, avec laquelle il a eu une fille, Lisebeth, qu’il n’a jamais vraiment connue.  Il tente alors de reprendre contact avec elle.

Dès lors, l’intrigue du film suit deux directions à la fois parallèles et complémentaires : Luchini et Hugo (ce qui donne lieu à quelques fameux morceaux de bravoure d’un Luchini littéralement – et littérairement – habité) et Luchini et Lisbeth, l’inconnue qui finit par apparaître dans les coulisses de son théâtre.

Le film oscille ainsi entre dévotion artistique et vie intime qui finissent par se confondre quant Robert emmène Lisbeth en voyage à Guernesey, là où il a rencontré sa mère, là où a vécu en partie Victor Hugo.  La boucle narrative est ainsi bouclée.

C’est une comédie légère, drôle, plaisante à suivre, avec quelques jolis moments tendres et poétiques, avec un Fabrice Luchini au meilleur de lui-même qui, sans jamais cabotiner, livre une performance virtuose, pleine d’humour et d’émotion.

                                                                                                               André CEUTERICK