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« La maison des femmes » et « Palestine 36 », des sorties épinglées par André Ceuterick
Publié le 5 mars, 2026

«La maison des femmes »

Pour définir le sujet de son premier long métrage, Mélisa Godet a eu l’heureuse opportunité de rencontrer la gynécologue Ghada Hatem qui a créé, il y a une dizaine d’années, une maison des femmes à Saint Denis, dans la banlieue parisienne.  Il s’agit d’une structure d’accueil encadrée par des professionnels de la santé physique et mentale pour aider les femmes victimes de violences conjugales, à se reconstruire.

Mélisa Godet s’est inspirée de ce modèle et s’est immergée dans une institution similaire où elle suit le travail au quotidien, souvent harassant, voire déstabilisant, des médecins, aides soignantes, psychologues, assistantes sociales – essentiellement des femmes – et s’attache aussi à la situation dramatique de certaines patientes, souvent au bord du désespoir et du renoncement.

En focalisant son sujet sur les soignantes, Mélisa Godet peut aborder, moins frontalement, des réalités parfois dures et violentes.

Il n’y a donc pas de scène spectaculaires, impressionnantes, démonstratives au 1er degré, mais d’abord de l’écoute, de la compréhension, de l’accompagnement de ces femmes qui témoignent avec pudeur, retenue, crainte de mauvais lendemains.

En arrière fond, il y a aussi les histoires de soignantes elles-mêmes, avec leur propre vie et leur situation personnelle.

Parmi celles-ci : Diane, la cheffe, une battante déterminée et infatigable, et Manon, Inès, Awa, et les autres, qui accueillent, soutiennent, redonnent confiance.

Au total, une cinquantaine de personnages participent à ce film choral, chargé d’émotion mais sans le moindre pathos, d’espérance, d’enthousiasme, où la décontraction et l’humour permettent aussi de dédramatiser certaines situations.

La mise en scène est discrète, mesurée, sans mouvements de caméra inutiles, souvent filmée « caméra à l’épaule », où les scènes intimistes d’ « entretiens personnalisés » sont tournées en plans séquences, en alternance avec des séquences très découpées, vives et dynamiques.

Dans les rôle principaux, aux côtés d’une Karin Viard débordante d’énergie, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Juliette Armanet, Oulaya Amamra apportent leur particulière sensibilité.

Voilà un film non seulement exemplaire par son sujet mais aussi d’une grande générosité humaine, qui donne envie de croire à la solidarité.  A l’heure actuelle, c’est d’autant plus appréciable.

« Palestine 36»

La cinéaste palestinienne Annemarie Jacir (à qui on doit quelques films notoires comme « Wajib » et « Le sel de la mer ») exhume, avec « Palestine 36 », une brève période charnière de l’histoire de la Palestine, peu (ou mal) connue, quand elle était sous protectorat britannique. Elle relate ici la révolte des Arabes contre l’occupant colonial qui favorise l’implantation sur leur territoire des premières vagues d’immigration juive.

En mars 1936, Yusuf, jeune paysan du village d’Al Basma, travaille aussi en ville pour un couple de bourgeois palestiniens.

Un mois plus tard, une grève générale embrase le pays à cause de l’arrivée massive de migrants juifs et de la confiscation des terres aux Palestiniens.  La rébellion s’organise … C’est le début de la grande révolte arabe que les soldats britanniques tentent d’endiguer, d’abord par l’intimidation, ensuite par la force …

Annemarie Jacir réalise une fresque historique et populaire où des images d’archives colorisées (restituées dans le format 4/3) s’intègrent fort bien à la fiction elle-même, comme une passerelle entre le romanesque et le réel, pour crédibiliser la démarche narrative elle-même.

Le parti pris de la réalisatrice est clair et pleinement assumé : « Palestine 36 » est un film « militant » au sens noble du terme, qui éclaire ce moment de l’histoire et en expose, de manière limpide, les enjeux politiques.

Le comportement colonialiste scandaleux et répressif des Anglais sombre parfois dans le cliché, voire la caricature mais on sent beaucoup de sincérité quand se dégage, de cette révolte populaire, un vrai sentiment  de spoliation, de trahison et d’humiliation d’un peuple bafoué et meurtri, en quête d’indépendance et de liberté.

Jacir filme non seulement les grands mouvements collectifs mais aussi quelques destinées individuelles emportées par le courant de l’Histoire.

« Palestine 36 » sera aussi un film essentiel s’il permettait, à sa manière, de mieux comprendre la situation actuelle.

                                                                                                               André CEUTERICK

« La maison des femmes » et « Palestine 36 », des sorties épinglées par André Ceuterick
Publié le 5 mars, 2026

«La maison des femmes »

Pour définir le sujet de son premier long métrage, Mélisa Godet a eu l’heureuse opportunité de rencontrer la gynécologue Ghada Hatem qui a créé, il y a une dizaine d’années, une maison des femmes à Saint Denis, dans la banlieue parisienne.  Il s’agit d’une structure d’accueil encadrée par des professionnels de la santé physique et mentale pour aider les femmes victimes de violences conjugales, à se reconstruire.

Mélisa Godet s’est inspirée de ce modèle et s’est immergée dans une institution similaire où elle suit le travail au quotidien, souvent harassant, voire déstabilisant, des médecins, aides soignantes, psychologues, assistantes sociales – essentiellement des femmes – et s’attache aussi à la situation dramatique de certaines patientes, souvent au bord du désespoir et du renoncement.

En focalisant son sujet sur les soignantes, Mélisa Godet peut aborder, moins frontalement, des réalités parfois dures et violentes.

Il n’y a donc pas de scène spectaculaires, impressionnantes, démonstratives au 1er degré, mais d’abord de l’écoute, de la compréhension, de l’accompagnement de ces femmes qui témoignent avec pudeur, retenue, crainte de mauvais lendemains.

En arrière fond, il y a aussi les histoires de soignantes elles-mêmes, avec leur propre vie et leur situation personnelle.

Parmi celles-ci : Diane, la cheffe, une battante déterminée et infatigable, et Manon, Inès, Awa, et les autres, qui accueillent, soutiennent, redonnent confiance.

Au total, une cinquantaine de personnages participent à ce film choral, chargé d’émotion mais sans le moindre pathos, d’espérance, d’enthousiasme, où la décontraction et l’humour permettent aussi de dédramatiser certaines situations.

La mise en scène est discrète, mesurée, sans mouvements de caméra inutiles, souvent filmée « caméra à l’épaule », où les scènes intimistes d’ « entretiens personnalisés » sont tournées en plans séquences, en alternance avec des séquences très découpées, vives et dynamiques.

Dans les rôle principaux, aux côtés d’une Karin Viard débordante d’énergie, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Juliette Armanet, Oulaya Amamra apportent leur particulière sensibilité.

Voilà un film non seulement exemplaire par son sujet mais aussi d’une grande générosité humaine, qui donne envie de croire à la solidarité.  A l’heure actuelle, c’est d’autant plus appréciable.

« Palestine 36»

La cinéaste palestinienne Annemarie Jacir (à qui on doit quelques films notoires comme « Wajib » et « Le sel de la mer ») exhume, avec « Palestine 36 », une brève période charnière de l’histoire de la Palestine, peu (ou mal) connue, quand elle était sous protectorat britannique. Elle relate ici la révolte des Arabes contre l’occupant colonial qui favorise l’implantation sur leur territoire des premières vagues d’immigration juive.

En mars 1936, Yusuf, jeune paysan du village d’Al Basma, travaille aussi en ville pour un couple de bourgeois palestiniens.

Un mois plus tard, une grève générale embrase le pays à cause de l’arrivée massive de migrants juifs et de la confiscation des terres aux Palestiniens.  La rébellion s’organise … C’est le début de la grande révolte arabe que les soldats britanniques tentent d’endiguer, d’abord par l’intimidation, ensuite par la force …

Annemarie Jacir réalise une fresque historique et populaire où des images d’archives colorisées (restituées dans le format 4/3) s’intègrent fort bien à la fiction elle-même, comme une passerelle entre le romanesque et le réel, pour crédibiliser la démarche narrative elle-même.

Le parti pris de la réalisatrice est clair et pleinement assumé : « Palestine 36 » est un film « militant » au sens noble du terme, qui éclaire ce moment de l’histoire et en expose, de manière limpide, les enjeux politiques.

Le comportement colonialiste scandaleux et répressif des Anglais sombre parfois dans le cliché, voire la caricature mais on sent beaucoup de sincérité quand se dégage, de cette révolte populaire, un vrai sentiment  de spoliation, de trahison et d’humiliation d’un peuple bafoué et meurtri, en quête d’indépendance et de liberté.

Jacir filme non seulement les grands mouvements collectifs mais aussi quelques destinées individuelles emportées par le courant de l’Histoire.

« Palestine 36 » sera aussi un film essentiel s’il permettait, à sa manière, de mieux comprendre la situation actuelle.

                                                                                                               André CEUTERICK