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« La Grazia » et « A pied d’œuvre » , 2 films à voir !
Publié le 5 février, 2026

«La Grazia»

Le nouveau film de Paolo Sorrentino est assurément l’un des meilleurs de ce début d’année.

Il retrouve ici la richesse, la maîtrise, la force narrative de « Il divo » et décline quelques thématiques essentielles de « La Grande Bellezza », son chef d’œuvre.

« La Grazia », c’est d’abord le portrait d’un homme d’apparence rigide mais assez fascinant, Mariano De Santis, président de la République italienne, qui vit les six derniers mois de son mandat.  Il enchaîne les visite officielles et assume encore quelques cérémonies protocolaires tout en restant obsédé, intérieurement, par le souvenir de sa chère épouse Aurora morte 8 ans plus tôt.

A ses côtés, omniprésente, vigilante à tous niveaux, sa fille Dorotea, éminente juriste et son incontournable conseillère, qui vient à présent à lui reprocher son immobilisme face au projet de loi sur l’euthanasie, qu’il rechigne encore à signer, tenu par ses convictions catholiques.

Ainsi, au crépuscule de sa vie, le Président De Santis pourrait poser un geste fort mais, comme toujours, il veut « se donner encore un moment de réflexion », selon sa formule consacrée.

Sorrentino dépeint un homme sincère, attachant, un peu insaisissable, sans doute capable d’émotions mais toujours sourdes ou retenues : il regrette l’absence de son fils qui tente une nouvelle carrière musicale au Canada puis souffre du départ soudain de sa fille, si précieuse, mais incapable d’assister à « sa fin de règne ».

Sorrentino aborde aussi, non sans détours et avec beaucoup de subtilité, les travers d’une politique indolente, transparente et sans identité : le non exercice de l’État où les compromis deviennent compromissions.

Le ton est tantôt léger, tantôt grave, tantôt nostalgique, avec quelques réjouissantes digressions comme les savoureux échanges du Président avec Coco, son amie de toujours, critique d’art, libre de pensée et de parole ou encore ses brèves rencontres avec le pape, un noir jovial, à la coiffure rasta et adepte du scooter.

De l’ensemble du film se dégage une sorte de mélancolie, liée à la fois à ce personnage brillant et solitaire qui aspire à une fin de vie tranquille et à la vision d’un monde futile et dénaturé, sans la moindre « grande beauté ».  Et puis, il y a l’interprétation irradiante et fascinante de Toni Servillo, son acteur fétiche, « il divo » de toute son œuvre.

«A pied d’œuvre »

« A pied d’œuvre » est le 8ème long métrage de Valérie Donzelli (« La guerre est déclarée »- 2011 , « Notre Dame » – 2019, « L’amour des forêts » – 2023) qui poursuit également une belle carrière de comédienne.

Elle adapte ici le roman éponyme de Franck Courtès (2023) qui raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture.

Mais en effectuant un tel choix de vie, volontaire et courageux, Paul Marquet glisse progressivement dans la précarité sociale jusqu’à franchir le seuil de la pauvreté.

Valérie Donzelli restitue avec justesse et sobriété, la démarche de Paul Marquet, sans l’enjoliver, sans la juger, sans la dramatiser non plus. Elle pose un regard pertinent et objectif sur cet acte d’engagement qui contraint son « héros très ordinaire » à faire des petits boulots, à la semaine, à la journée, selon cette nouvelle pratique de travail aux enchères disponible sur internet.

Le film observe ainsi la chute sociale d’un homme confronté à l’indigence matérielle et à l’isolement humain, une situation grave que Valérie Donzelli traite avec un peu de légèreté et même quelques pointes d’humour, ce qui permet à Paul de rester à la surface et de garder la tête haute.

Il y a aussi une réflexion intéressante sur la détermination créatrice et sur la force d’être libre, par excellence, au sein d’une société malade de ses contraintes et de ses prérequis.

Depuis son César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans « La nuit du 12 » de Dominik Moll en 2023 , Bastien Bouillon multiplie les excellentes prestations, dans « Le Comte de Monte Cristo », « Monsieur Aznavour », « Connemara » et bien sûr « Partir un jour » aux côtés de Juliette Armanet, qui fit l’ouverture du dernier festival de Cannes.  Il porte ici le rôle de Paul, toujours « à pied d’œuvre », avec une sorte de grâce, simple, naturelle, captivante.

                                                                                                          André CEUTERICK

« La Grazia » et « A pied d’œuvre » , 2 films à voir !
Publié le 5 février, 2026

«La Grazia»

Le nouveau film de Paolo Sorrentino est assurément l’un des meilleurs de ce début d’année.

Il retrouve ici la richesse, la maîtrise, la force narrative de « Il divo » et décline quelques thématiques essentielles de « La Grande Bellezza », son chef d’œuvre.

« La Grazia », c’est d’abord le portrait d’un homme d’apparence rigide mais assez fascinant, Mariano De Santis, président de la République italienne, qui vit les six derniers mois de son mandat.  Il enchaîne les visite officielles et assume encore quelques cérémonies protocolaires tout en restant obsédé, intérieurement, par le souvenir de sa chère épouse Aurora morte 8 ans plus tôt.

A ses côtés, omniprésente, vigilante à tous niveaux, sa fille Dorotea, éminente juriste et son incontournable conseillère, qui vient à présent à lui reprocher son immobilisme face au projet de loi sur l’euthanasie, qu’il rechigne encore à signer, tenu par ses convictions catholiques.

Ainsi, au crépuscule de sa vie, le Président De Santis pourrait poser un geste fort mais, comme toujours, il veut « se donner encore un moment de réflexion », selon sa formule consacrée.

Sorrentino dépeint un homme sincère, attachant, un peu insaisissable, sans doute capable d’émotions mais toujours sourdes ou retenues : il regrette l’absence de son fils qui tente une nouvelle carrière musicale au Canada puis souffre du départ soudain de sa fille, si précieuse, mais incapable d’assister à « sa fin de règne ».

Sorrentino aborde aussi, non sans détours et avec beaucoup de subtilité, les travers d’une politique indolente, transparente et sans identité : le non exercice de l’État où les compromis deviennent compromissions.

Le ton est tantôt léger, tantôt grave, tantôt nostalgique, avec quelques réjouissantes digressions comme les savoureux échanges du Président avec Coco, son amie de toujours, critique d’art, libre de pensée et de parole ou encore ses brèves rencontres avec le pape, un noir jovial, à la coiffure rasta et adepte du scooter.

De l’ensemble du film se dégage une sorte de mélancolie, liée à la fois à ce personnage brillant et solitaire qui aspire à une fin de vie tranquille et à la vision d’un monde futile et dénaturé, sans la moindre « grande beauté ».  Et puis, il y a l’interprétation irradiante et fascinante de Toni Servillo, son acteur fétiche, « il divo » de toute son œuvre.

«A pied d’œuvre »

« A pied d’œuvre » est le 8ème long métrage de Valérie Donzelli (« La guerre est déclarée »- 2011 , « Notre Dame » – 2019, « L’amour des forêts » – 2023) qui poursuit également une belle carrière de comédienne.

Elle adapte ici le roman éponyme de Franck Courtès (2023) qui raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture.

Mais en effectuant un tel choix de vie, volontaire et courageux, Paul Marquet glisse progressivement dans la précarité sociale jusqu’à franchir le seuil de la pauvreté.

Valérie Donzelli restitue avec justesse et sobriété, la démarche de Paul Marquet, sans l’enjoliver, sans la juger, sans la dramatiser non plus. Elle pose un regard pertinent et objectif sur cet acte d’engagement qui contraint son « héros très ordinaire » à faire des petits boulots, à la semaine, à la journée, selon cette nouvelle pratique de travail aux enchères disponible sur internet.

Le film observe ainsi la chute sociale d’un homme confronté à l’indigence matérielle et à l’isolement humain, une situation grave que Valérie Donzelli traite avec un peu de légèreté et même quelques pointes d’humour, ce qui permet à Paul de rester à la surface et de garder la tête haute.

Il y a aussi une réflexion intéressante sur la détermination créatrice et sur la force d’être libre, par excellence, au sein d’une société malade de ses contraintes et de ses prérequis.

Depuis son César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans « La nuit du 12 » de Dominik Moll en 2023 , Bastien Bouillon multiplie les excellentes prestations, dans « Le Comte de Monte Cristo », « Monsieur Aznavour », « Connemara » et bien sûr « Partir un jour » aux côtés de Juliette Armanet, qui fit l’ouverture du dernier festival de Cannes.  Il porte ici le rôle de Paul, toujours « à pied d’œuvre », avec une sorte de grâce, simple, naturelle, captivante.

                                                                                                          André CEUTERICK